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Spasticité : causes, symptômes et traitements

Une jambe qui se raidit en marchant, des doigts qui restent pliés, des secousses involontaires : la spasticité est fréquente après une atteinte du cerveau ou de la moelle épinière. Elle n’est pas toujours à combattre, mais quand elle gêne ou fait mal, plusieurs prises en charge existent. Ce guide explique ce qu’est la spasticité, pourquoi elle apparaît, comment on décide de la traiter et quels sont les traitements. Il s’appuie sur la section « Traitements de la spasticité » du protocole national de diagnostic et de soins (PNDS) de la HAS consacré aux paraparésies spastiques héréditaires (septembre 2024), et sur une revue publiée en 2014 en accès libre sur les mécanismes de la spasticité.

Thème
Neurophysiologie
Mis à jour
Temps de lecture
8 minutes
Relu par
Dr Itziar Gotxi Erezuma · Médecin ORL · Ordre des médecins de Biscaye n° 484809757

Qu’est-ce que la spasticité ?

La revue de 2014 reprend la définition la plus citée : la spasticité est un trouble moteur caractérisé par une augmentation du tonus musculaire qui dépend de la vitesse de l’étirement, avec des réflexes tendineux vifs. Concrètement, quand on étire passivement un muscle spastique, il résiste, et cette résistance est d’autant plus forte que le mouvement est rapide.

Selon les auteurs, la spasticité touche le plus souvent les fléchisseurs du membre supérieur (doigts, poignet, coude) et les extenseurs du membre inférieur (genou, cheville), avec des exceptions. Elle n’est qu’un élément d’un ensemble plus large de signes appelé syndrome du motoneurone supérieur.

Pourquoi elle apparaît

La revue explique que la lésion du cerveau ou de la moelle déséquilibre les influences qui, normalement, freinent le réflexe d’étirement au niveau de la moelle épinière. Ce réflexe devient alors exagéré.

Après un AVC ou un traumatisme, la spasticité n’apparaît pas tout de suite : elle s’installe avec un délai. Pour les auteurs, cela montre qu’elle résulte aussi d’adaptations progressives du système nerveux. Parmi elles, l’immobilisation du membre affaibli réduit un mécanisme naturel de frein du réflexe, ce qui favorise la spasticité.

La raideur ne vient pas seulement du réflexe. La revue décrit aussi une raideur liée au muscle lui-même : un muscle immobilisé en position raccourcie se rétracte et devient plus fibreux. Cette rétraction, ou contracture, augmente la résistance à l’étirement quelle que soit la vitesse du mouvement.

Maladies en cause : AVC, SEP, lésions médullaires

La spasticité est une conséquence fréquente des lésions qui atteignent les voies motrices du cerveau ou de la moelle épinière. Les sources consultées citent :

  • l’AVC (accident vasculaire cérébral) ;
  • les traumatismes du cerveau ou de la moelle épinière ;
  • les lésions de la moelle épinière, complètes ou incomplètes ;
  • des maladies neurologiques chroniques comme la sclérose en plaques, citée par la HAS ;
  • les paraparésies spastiques héréditaires, maladies génétiques rares qui font l’objet du protocole de la HAS.

Chez l’enfant, la spasticité peut avoir d’autres origines, qui se discutent avec l’équipe pédiatrique ; ce guide concerne surtout l’adulte.

Symptômes et retentissement

Selon la revue de 2014, la spasticité s’accompagne souvent d’autres signes du syndrome du motoneurone supérieur :

  • des réflexes vifs et parfois des secousses rythmées (clonus) ;
  • des spasmes en flexion ou en extension, fréquents après une lésion de la moelle ;
  • des cocontractions : muscles opposés qui se contractent en même temps et gênent le mouvement volontaire ;
  • une posture en flexion du bras et en extension de la jambe chez certaines personnes après un AVC ;
  • de la faiblesse et une perte d’habileté, qui s’ajoutent à la raideur.

La revue souligne aussi le lien avec la douleur : la spasticité peut causer des douleurs, et la douleur peut à son tour augmenter la spasticité. Selon la HAS, le retentissement porte sur les transferts (passer du lit au fauteuil), la marche, la préhension, l’hygiène, l’habillage ou l’élimination.

Spasticité utile et spasticité gênante

Le protocole de la HAS sur les paraparésies spastiques pose un principe important : le traitement de la spasticité n’est pas systématique. Il est proposé en fonction de son impact sur les capacités du quotidien (transferts, marche, préhension, soins, habillage) ou si elle provoque des douleurs.

La HAS explique pourquoi : la spasticité des jambes permet parfois de favoriser la marche et la station debout en compensant la faiblesse de certains muscles. Une diminution brutale ou trop importante de la spasticité peut donc parfois dégrader la marche au lieu de l’améliorer. C’est pourquoi les objectifs se fixent au cas par cas, avec la personne : confort, douleur, autonomie.

Évaluation

Dans le protocole de la HAS, le traitement peut être prescrit d’abord par le neurologue. Pour une spasticité plus sévère ou compliquée, la personne est adressée en consultation spécialisée de médecine physique et de réadaptation (MPR). Des évaluations plus poussées y précisent les déficiences, les limitations d’activité et de participation, afin de définir des objectifs réalistes et le traitement le plus adapté.

La revue de 2014 rappelle que l’examen distingue ce qui relève du réflexe exagéré (une résistance qui augmente avec la vitesse de l’étirement) et ce qui relève de la rétraction du muscle (une résistance indépendante de la vitesse). Cette distinction oriente la prise en charge.

Rééducation et étirements

Pour les auteurs de la revue de 2014, chez les personnes atteintes d’un syndrome du motoneurone supérieur, mobiliser les membres atteints et éviter qu’un muscle reste longtemps en position raccourcie sont probablement les mesures les plus importantes pour prévenir et traiter la raideur. Ils citent des travaux selon lesquels la mobilisation passive pourrait réduire, voire prévenir, la spasticité.

Selon la même revue, la kinésithérapie y joue un rôle central, avec un programme d’étirements réguliers et individualisés, un bon positionnement des membres et, si besoin, des attelles. Ce programme se construit avec le kinésithérapeute et l’équipe médicale : les étirements forcés ou improvisés ne sont pas conseillés.

Pour les adultes dont la spasticité est déjà diagnostiquée (après un AVC ou au cours d’une sclérose en plaques), l’équipe de kinésithérapie de notre centre de Bilbao peut assurer la rééducation, en coordination avec le neurologue ou le médecin de rééducation (séances en espagnol). Nous ne réalisons ni injections ni pose de pompe.

Toxine botulique et médicaments

Le protocole de la HAS sur les paraparésies spastiques décrit plusieurs options, toujours décidées par le médecin :

  • Médicaments antispastiques par voie orale : traitement habituel de première intention, surtout pour une spasticité diffuse. Ils s’introduisent très progressivement, à la plus petite dose efficace, car ils peuvent être sédatifs et mal tolérés.
  • Injections de toxine botulique : souvent efficaces et bien tolérées, surtout pour une spasticité gênante très localisée (un pied qui part en dedans à la marche, des doigts qui se ferment). L’effet apparaît en moyenne en deux semaines et dure de 3 à 6 mois.
  • Association de techniques : la quantité de toxine par séance est limitée, d’où l’association éventuelle à d’autres gestes réalisés par des équipes spécialisées.
  • Pompe intrathécale : pour des contractures ou spasmes très gênants et douloureux qui résistent aux autres traitements, un antispastique peut être administré en continu dans le liquide qui entoure la moelle, après un essai en consultation spécialisée.

La HAS signale aussi que le cannabis à usage médical est en cours d’évaluation dans certaines maladies neurologiques et n’est pas prescriptible à ce jour ; il n’est pas dénué d’effets indésirables. Ces principes sont ceux que recommande la HAS dans les paraparésies spastiques : ils ne constituent pas une règle universelle, et aucun traitement ne se commence ni ne se modifie sans avis médical.

Facteurs qui aggravent la spasticité

Selon la revue de 2014, deux facteurs entretiennent ou aggravent la spasticité :

  • L’immobilisation, surtout en position raccourcie, qui favorise à la fois la spasticité et la rétraction du muscle ;
  • La douleur, qui augmente la spasticité, laquelle augmente la douleur, dans un cercle vicieux.

Les sources consultées ne détaillent pas d’autres facteurs déclenchants. Une aggravation inhabituelle ou rapide de la spasticité doit être signalée au médecin, pour en rechercher la cause plutôt que d’augmenter seul un traitement. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

Carnet raideur, douleur et gestes du quotidien

Puisque la HAS fonde la décision de traiter sur la gêne au quotidien et la douleur, quelques notes sur deux semaines aident le médecin et le kinésithérapeute à fixer des objectifs :

À noterExemple
Moment de la journéeRaideur plus forte le matin
Douleur (0 à 10)5 au mollet la nuit
Gestes gênésTransfert lit-fauteuil, s’habiller, saisir un verre
SpasmesJambe qui se replie en se couchant
Ce qui semble aggraverFatigue, longue position assise, douleur
Ce que la raideur permetTenir debout pour le transfert

La dernière ligne compte : noter ce que la raideur aide encore à faire évite de viser une diminution qui ferait perdre une capacité utile.

Questions fréquentes sur la spasticité

Ces réponses sont des informations générales et ne remplacent ni un examen ni un avis médical personnalisé.

Qu’est-ce que la spasticité ?

Une augmentation du tonus musculaire, plus forte quand on étire le muscle rapidement, due à un réflexe d’étirement exagéré après une lésion du cerveau ou de la moelle épinière.

Quelles maladies provoquent une spasticité ?

L’AVC, les traumatismes du cerveau ou de la moelle, les lésions médullaires, la sclérose en plaques et des maladies rares comme les paraparésies spastiques héréditaires.

Spasticité, raideur et contracture : quelle différence ?

La spasticité dépend de la vitesse de l’étirement. La contracture est une rétraction du muscle, qui résiste quelle que soit la vitesse. Les deux peuvent s’associer.

La spasticité est-elle toujours à traiter ?

Non. Selon la HAS, on la traite si elle gêne le quotidien ou fait mal, car elle aide parfois à marcher ou à tenir debout.

Quels sont les traitements ?

La rééducation, des antispastiques par voie orale, des injections de toxine botulique pour une spasticité localisée et, dans certains cas résistants, une pompe intrathécale.

La kinésithérapie aide-t-elle ?

Selon la revue de 2014, mobiliser les membres et suivre un programme d’étirements individualisé avec le kinésithérapeute sont parmi les mesures les plus importantes.

Sources

  1. Haute Autorité de santé (HAS) · PNDS « Paraparésies spastiques héréditaires pures », section 4.2.1 « Traitements de la spasticité », septembre 2024
  2. Trompetto C et al. · Pathophysiology of Spasticity: Implications for Neurorehabilitation. Biomed Res Int, 2014 (revue, accès libre PMC)

Ce guide est une information générale et ne remplace pas un avis médical. Le diagnostic et le traitement dépendent de votre examen et de vos antécédents. En cas d’urgence, appelez le 112 ou les services d’urgence de votre pays.