Dysphasie et trouble développemental du langage : de quoi parle-t-on ?
Ameli.fr (espace professionnel) définit le trouble développemental du langage (TDL), anciennement appelé dysphasie, comme un trouble de l’acquisition des habiletés langagières. Il entraîne, de façon variable selon les enfants, un déficit précoce de l’expression (production) et/ou de la compréhension (réception). Il peut toucher un ou plusieurs domaines du langage : les sons, le vocabulaire, la grammaire, le discours ou l’usage social du langage.
La page d’ameli.fr destinée aux familles décrit la dysphasie comme un trouble de la structure du langage, sans déficit auditif ou psychologique, durable et de traitement plus difficile que les troubles simples du langage. Les deux textes ne datent pas de la même époque et n’emploient pas exactement les mêmes mots : le terme « TDL » est le plus récent.
Le trouble apparaît chez un enfant d’intelligence normale, sans atteinte cérébrale ou neurologique et sans déficit sensoriel (vue et audition correctes). Il fait partie des troubles « dys » et des troubles du neurodéveloppement.
Expression, compréhension : des profils différents
Ameli.fr décrit des enfants qui, à 4 ans, n’ont qu’un langage très sommaire :
- un langage spontané réduit, avec un vocabulaire rudimentaire, parfois difficile à comprendre ;
- peu ou pas de grammaire, ou de nombreuses erreurs de syntaxe ;
- des difficultés à nommer une image, à décrire une situation et à construire une phrase, même simple ;
- un manque de mots ;
- habituellement, des troubles plus ou moins importants de la compréhension.
Selon ameli.fr, la dysphasie touche aussi bien l’expression que la compréhension orale. Le texte destiné aux médecins précise que l’atteinte peut porter sur l’expression et/ou la compréhension, ce qui explique des profils différents d’un enfant à l’autre.
Retentissement sur la communication et les apprentissages
La dysphasie est un trouble durable du langage oral. Elle entraîne des difficultés dans les apprentissages scolaires, en particulier dans l’apprentissage du langage écrit.
Elle peut être associée à d’autres troubles des apprentissages : la dyslexie, présente une fois sur deux selon ameli.fr, la dysorthographie, la dyscalculie, la dyspraxie (trouble de la coordination des gestes) ou un déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité.
Ameli.fr souligne que le repérage précoce permet de mettre en place des interventions adaptées et de limiter les atteintes à l’estime de soi souvent associées à l’échec.
Quels sont les signes de la dysphasie ?
Ameli.fr invite à connaître l’évolution habituelle et à ne pas s’alarmer trop vite, car certains enfants mettent plus de temps que d’autres. Certains signes doivent toutefois interpeller :
- 6 mois : l’enfant ne semble pas réagir aux bruits ; un bilan auditif est nécessaire.
- 18 mois : il ne tente pas de dire des mots, ne babille pas, ne pointe pas du doigt.
- 2 à 3 ans : il ne semble pas comprendre ce qu’on lui dit, même simplement ; il a moins de 50 mots ; il n’associe pas deux mots.
- 3 ans : il ne fait pas de phrases à trois éléments et n’est compris que par son entourage.
- 4 ans et plus : vocabulaire restreint, phrases courtes ou mal construites, difficulté à raconter, enfant peu intelligible hors de la famille.
- 5 ans et plus : difficultés à organiser sa parole et à comprendre.
Ces signes ne sont pas spécifiques de la dysphasie : ils indiquent un développement atypique qui justifie une évaluation, sans attendre un âge précis si le langage régresse.
Audition, autisme et autres causes à rechercher
Le texte d’ameli.fr destiné aux médecins précise que ces indicateurs précoces doivent conduire à rechercher une hypoacousie, un trouble du spectre de l’autisme (TSA), un trouble du développement intellectuel ou un trouble du langage. Ils justifient une évaluation par un orthophoniste et un pédopsychiatre ou un neuropédiatre.
La dysphasie se distingue aussi des troubles simples du langage (troubles de l’articulation, retard de parole, retard de langage, bégaiement), qui régressent après une rééducation précoce et adaptée. La dysphasie est la forme la plus sévère des retards de langage : elle représente 1 % des troubles de l’expression orale.
Enfin, il s’agit d’un trouble du développement, présent dès l’acquisition du langage et en l’absence de toute atteinte cérébrale. Il ne faut donc pas le confondre avec l’aphasie, qui désigne une perte du langage après une lésion du cerveau.
Comment se construit le bilan ?
En cas de doute, le médecin généraliste, le pédiatre ou le médecin scolaire est l’interlocuteur privilégié. Le bilan permet de rechercher une cause ou de conclure que le trouble est isolé, de définir sa sévérité et ses caractéristiques, et de détecter une éventuelle anomalie auditive, visuelle, psychologique ou neurologique.
- Bilan orthophonique : des tests spécifiques évaluent l’articulation, la répétition de sons, de syllabes et de mots, et l’expression ; par exemple, l’enfant nomme une image.
- Test d’audition par un ORL, surtout en cas d’otites à répétition ou de suspicion de surdité.
- Selon les cas : consultation psychologique avec tests, bilan psychomoteur si une dyspraxie est suspectée, avis d’un neuropédiatre en cas de troubles complexes.
Pour les troubles « dys » comme la dysphasie, ce bilan est capital et mobilise plusieurs professionnels ; un bilan pluridisciplinaire coordonné par un médecin est demandé si des difficultés sévères persistent malgré une prise en charge bien suivie.
La dysphasie se soigne-t-elle ?
Ameli.fr parle de rééducation plutôt que de guérison. La dysphasie est un trouble durable ; la rééducation doit être entreprise le plus tôt possible, et l’évolution à long terme est très variable.
L’orthophoniste (appelé logopède en Belgique et en Suisse) est le professionnel de santé qui prévient, repère et traite les troubles de la voix, de la parole et du langage. L’une de ses compétences principales est de concevoir et de mettre en œuvre des programmes de rééducation adaptés à chaque enfant.
Le rôle de la famille et de l’école
Ameli.fr rappelle que le repérage peut être fait par la famille, le médecin de l’enfant, les professionnels de la petite enfance et l’équipe éducative. Si un enseignant repère un trouble du langage, il en réfère au médecin scolaire, avec l’accord des parents.
Pour l’enfant, le plus utile est un repérage précoce, un bilan complet et une rééducation adaptée. Les aménagements scolaires dépendent du système de chaque pays : les dispositifs français ne s’appliquent pas tels quels en Belgique, en Suisse, au Canada ou ailleurs. Pour toute question, le premier interlocuteur reste le médecin de l’enfant.
Ce que les sources nuancent
- Terminologie : la page familles (2024) parle de dysphasie, la page médecins (2023) de TDL, « anciennement appelé dysphasie ». Le chiffre de 1 % concerne la dysphasie au sein des troubles de l’expression orale ; il n’est pas repris pour le TDL.
- Expression et compréhension : la page familles indique que la dysphasie touche les deux ; la page médecins parle d’un déficit de l’expression et/ou de la compréhension.
- « Trois types » : aucune des deux pages ne classe la dysphasie en trois types ; la page médecins décrit plutôt des domaines touchés (sons, vocabulaire, grammaire, discours, usage social).
- Autisme : ce n’est pas la même chose, mais les signes précoces se recoupent ; c’est pourquoi l’évaluation doit rechercher un TSA.
En résumé
La dysphasie, appelée aujourd’hui trouble développemental du langage (TDL), est un trouble durable de l’acquisition du langage, qui touche l’expression et/ou la compréhension chez un enfant qui entend bien. Elle se distingue des troubles simples du langage, qui régressent avec une rééducation précoce.
Des signes d’alerte existent dès 18 mois. Ils justifient un bilan complet, avec un test d’audition et un bilan orthophonique, et la recherche d’autres troubles comme un TSA. La rééducation orthophonique doit commencer tôt ; l’évolution est variable. Pour la consultation, notez les âges des premiers mots et phrases, les langues parlées à la maison, les situations difficiles et ce qui aide l’enfant.
Questions fréquentes sur la dysphasie
Ces réponses sont des informations générales et ne remplacent ni un examen ni un avis médical personnalisé.
Quels signes peuvent faire évoquer un trouble du langage ?
Pas de babillage ni de tentative de mots à 18 mois, moins de 50 mots ou pas d’association de deux mots entre 2 et 3 ans, pas de phrase de trois éléments à 3 ans, un enfant peu compréhensible hors de la famille à 4 ans, ou un langage qui régresse.
Existe-t-il toujours trois types de dysphasie ?
Les sources utilisées ne décrivent pas trois types. Elles indiquent que le trouble touche l’expression et/ou la compréhension et peut concerner un ou plusieurs domaines du langage, avec des profils différents d’un enfant à l’autre.
La dysphasie se soigne-t-elle ?
C’est un trouble durable. La rééducation orthophonique, à commencer le plus tôt possible, aide l’enfant ; l’évolution à long terme est très variable.
Est-ce une forme d’autisme ?
Non, ce sont deux troubles différents. Mais certains signes précoces se ressemblent, et ameli.fr indique qu’ils doivent conduire à rechercher, entre autres, un trouble du spectre de l’autisme.
Le bilinguisme cause-t-il un TDL ?
Les sources utilisées ne citent pas le bilinguisme comme cause. Le TDL est un trouble du développement du langage ; si vous parlez plusieurs langues à la maison, signalez-le lors du bilan.
Quand demander un bilan plutôt que d’attendre ?
Dès qu’un signe d’alerte apparaît pour l’âge, et toujours si le langage ne progresse plus ou régresse. Un enfant qui ne réagit pas aux bruits à 6 mois doit avoir un bilan auditif.
Sources
- ameli.fr (Assurance Maladie) · Bégaiement, trouble articulatoire, retard de parole, dysphasie : comprendre les troubles du langage, 03/12/2024
- ameli.fr (Assurance Maladie) · Bégaiement, trouble articulatoire, retard de parole, dysphasie de l’enfant : comment reconnaître ?, 23/10/2024
- ameli.fr (Assurance Maladie, espace médecin) · Troubles spécifiques du langage, de la coordination et des apprentissages, 21/08/2023
Ce guide est une information générale et ne remplace pas un avis médical. Le diagnostic et le traitement dépendent de votre examen et de vos antécédents. En cas d’urgence, appelez le 112 ou les services d’urgence de votre pays.
