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Dysarthrie : causes, signes et rééducation orthophonique

Une voix plus faible, des mots qui s’emmêlent, une parole hachée ou monotone : la dysarthrie rend la parole difficile à comprendre alors que la personne sait parfaitement ce qu’elle veut dire. Ce guide explique ce qu’est ce trouble, en quoi il diffère de l’aphasie, quelles en sont les causes, ce qu’il faut faire si la parole change brutalement, et comment se déroulent le bilan et la rééducation orthophonique. Il s’appuie sur la page « Dysarthrie » des Manuels MSD pour le grand public (septembre 2025) et, pour la maladie de Parkinson, sur une revue narrative publiée en 2023 en accès libre.

Thème
Orthophonie
Mis à jour
Temps de lecture
9 minutes
Relu par
Dr Itziar Gotxi Erezuma · Médecin ORL · Ordre des médecins de Biscaye n° 484809757

Qu’est-ce que la dysarthrie ?

Les Manuels MSD définissent la dysarthrie comme une incapacité à articuler les mots de façon normale. Elle peut ressembler à un trouble du langage, mais il s’agit d’un trouble du contrôle des muscles de la parole, c’est-à-dire d’un problème moteur.

La personne produit des sons proches de ce qu’elle veut dire, dans le bon ordre. Mais le geste qui fabrique la parole (souffle, voix, mouvements des lèvres, de la langue et du palais) est perturbé. La revue de 2023 la décrit de la même façon comme un trouble moteur de la parole, marqué par des anomalies d’amplitude, de vitesse, de force, de stabilité, de précision ou de tonus des mouvements nécessaires pour parler.

Dysarthrie ou aphasie : ne pas confondre

D’après les Manuels MSD, dans la dysarthrie, la compréhension et le maniement du langage ne sont en général pas atteints : la plupart des personnes peuvent lire et écrire normalement. C’est la principale différence avec l’aphasie, qui touche le langage lui-même : trouver ses mots, construire ses phrases, comprendre ce qu’on entend ou ce qu’on lit.

On parle aussi parfois d’apraxie de la parole, un trouble de la planification des mouvements de la parole. Ces troubles peuvent coexister, par exemple après un AVC. Et quand la dysarthrie accompagne une maladie neurologique, la compréhension, la mémoire ou l’attention peuvent aussi être touchées par cette maladie : « en général préservées » ne veut pas dire toujours. C’est le bilan qui fait la part des choses.

Les signes de la dysarthrie

Selon les Manuels MSD, la parole peut être, selon la zone atteinte :

  • hachée ou saccadée ;
  • haletante ou chuchotée ;
  • irrégulière ;
  • imprécise ;
  • monotone.

Les maladies qui provoquent une dysarthrie peuvent aussi entraîner des difficultés à mâcher et à avaler. Ces troubles de la déglutition sont détaillés dans notre guide sur la dysphagie. Il existe plusieurs formes de dysarthrie, et les classifications varient selon les ouvrages ; les sources consultées ne donnent pas de classification complète, et nous n’en proposons pas ici.

Les causes

Les Manuels MSD expliquent que la dysarthrie est due à une lésion de l’une des régions qui commandent les muscles de la parole :

  • les parties du cerveau qui contrôlent le mouvement : le cervelet, qui coordonne les mouvements, les noyaux gris centraux, qui les rendent fluides, et le tronc cérébral, qui commande les muscles de la respiration et de la production des sons ;
  • les fibres nerveuses qui relient le cortex cérébral au tronc cérébral et transmettent les ordres aux muscles des lèvres, de la langue, du palais et des cordes vocales ;
  • la jonction neuromusculaire, là où les nerfs se relient aux muscles.

Ces structures peuvent être endommagées par un AVC, un traumatisme crânien, une tumeur cérébrale, une sclérose en plaques, des maladies dégénératives (sclérose latérale amyotrophique, maladie de Parkinson, chorée de Huntington) ou certaines infections, comme la maladie de Lyme. Cette liste n’est pas exhaustive.

Urgence : quand la parole change brutalement

L’AVC fait partie des causes de dysarthrie citées par les Manuels MSD. C’est pourquoi une difficulté à parler qui apparaît brutalement, en quelques minutes ou quelques heures, ne doit pas être traitée comme un simple trouble de la parole :

  • appelez immédiatement le 15 ou le 112, sans attendre que cela passe ;
  • notez l’heure à laquelle le trouble a commencé ou, à défaut, la dernière heure à laquelle la personne parlait normalement ;
  • ne cherchez pas de rendez-vous d’orthophonie : le bilan orthophonique vient après la prise en charge médicale.

Les sources consultées ne détaillent pas les autres signes d’alerte de l’AVC. En cas de doute, c’est le service d’urgence qui évalue la situation. Une dysarthrie qui s’installe progressivement doit, elle, être signalée au médecin traitant pour en rechercher la cause.

Le bilan : médecin et orthophoniste

Selon les Manuels MSD, le médecin interroge la personne sur ses symptômes et l’examine. Un orthophoniste participe souvent à l’évaluation. Le praticien peut demander :

  • d’accomplir des tâches simples avec la bouche et la langue (souffler une bougie, se mordre la lèvre inférieure, tirer la langue), pour observer la force et le mouvement des muscles de la parole ;
  • de répéter des mots et des phrases, de chanter et de compter, pour repérer les problèmes d’élocution ;
  • des tests standardisés des fonctions cérébrales, réalisés par un neuropsychologue ou un orthophoniste, qui aident aussi à planifier le traitement.

Ces tâches servent à l’évaluation : ce ne sont pas des exercices à faire seul. Pour rechercher la cause, une imagerie (scanner ou IRM) est réalisée, et la déglutition est évaluée. D’autres examens (analyses, ponction lombaire, électroencéphalogramme, examens des nerfs et des muscles) peuvent être demandés selon la cause suspectée : ils ne sont pas systématiques.

La rééducation orthophonique

Les Manuels MSD indiquent que l’orthophonie est utile chez certaines personnes atteintes de dysarthrie. La rééducation peut comporter des exercices respiratoires et musculaires et la répétition de mots ou de phrases. Le programme est défini par l’orthophoniste après le bilan, en fonction de la cause et des difficultés observées.

La revue de 2023 distingue deux objectifs possibles : restaurer une partie des capacités de parole, ou compenser les difficultés pour mieux se faire comprendre. Elle insiste aussi sur l’intérêt d’impliquer les proches et d’adapter l’environnement.

Le résultat dépend de la cause et de son évolution : aucune source consultée ne garantit le retour à une parole normale. Pour les adultes, l’équipe d’orthophonie de notre centre de Bilbao propose la rééducation de la parole, notamment après un AVC (les séances se déroulent en espagnol).

Dysarthrie et maladie de Parkinson

La revue de 2023 consacrée à la dysarthrie hypokinétique indique que la maladie de Parkinson en est la cause la plus fréquente, et que près de 9 personnes sur 10 atteintes de la maladie présentent un trouble de la parole, qui s’aggrave avec l’évolution. Les signes décrits sont :

  • une voix faible et monotone, parfois soufflée ou rauque ;
  • une parole rapide ou qui s’accélère, avec des répétitions de sons ;
  • des consonnes imprécises et des phrases courtes ;
  • une mauvaise perception de son propre volume : la personne a l’impression de parler assez fort.

Selon les auteurs, l’évaluation porte sur le souffle, la voix, l’articulation, la résonance et le rythme, mais aussi sur la participation à la conversation et la déglutition. Dans les études qu’ils citent, les programmes intensifs centrés sur l’intensité de la voix, menés par un orthophoniste, sont les plus efficaces sur la voix faible, avec un effet maintenu au moins deux ans. L’effet des traitements médicamenteux et chirurgicaux sur la parole est, selon eux, discuté. Ces données décrivent des résultats d’études, pas un programme à suivre seul.

Aides à la communication et nuances

Selon les Manuels MSD, si la dysarthrie est grave, les thérapeutes peuvent recommander un tableau de lettres ou d’images, ou un appareil avec clavier et écran de messages. La revue de 2023 cite aussi les appareils de synthèse vocale et les applications de communication. Ces aides ne remplacent pas la rééducation : elles permettent de continuer à communiquer.

  • Pas d’exercices sans bilan : souffler, mordre ou tirer la langue sont des tâches d’évaluation ; un entraînement mal ciblé peut faire perdre du temps.
  • Pas de promesse : l’orthophonie aide certaines personnes ; l’évolution dépend de la maladie en cause.
  • Moral et vie sociale : la revue rappelle que les difficultés de communication peuvent entraîner anxiété et isolement ; en parler fait partie de la prise en charge, sans que la rééducation puisse garantir de les éviter.
  • Grossesse et enfants : ce guide concerne l’adulte ; chez l’enfant, la situation se voit avec le pédiatre.

Fixer des objectifs de communication

La revue de 2023 recommande de partir des situations de communication qui posent le plus de difficultés à la personne. Avant le bilan, il peut être utile de les noter, avec ses proches :

SituationDifficulté ressentieObjectif possible
TéléphoneL’interlocuteur fait répéterÊtre compris lors d’un appel court
Repas en familleVoix couverte par le bruitParticiper à la conversation
Commerces, administrationsGêne, phrases écourtéesFaire une demande simple
Fatigue en fin de journéeParole moins netteSavoir quand s’aider d’un support écrit

La revue décrit aussi des stratégies d’entourage : réduire le bruit de fond, se regarder, annoncer le sujet avant de parler, se rapprocher. Distinguer ce qui relève de la récupération (mieux parler) et de la compensation (mieux se faire comprendre malgré tout) aide à fixer des objectifs réalistes avec l’orthophoniste.

Questions fréquentes sur la dysarthrie

Ces réponses sont des informations générales et ne remplacent ni un examen ni un avis médical personnalisé.

Qu’est-ce que la dysarthrie ?

Une incapacité à articuler les mots normalement, due à un trouble du contrôle des muscles de la parole. La personne sait ce qu’elle veut dire, mais la parole est hachée, imprécise, faible ou monotone.

Quelle différence avec l’aphasie ?

La dysarthrie est un trouble moteur de la parole : comprendre, lire et écrire sont en général possibles. L’aphasie touche le langage lui-même. Les deux peuvent coexister, par exemple après un AVC.

Quelles sont les causes de la dysarthrie ?

Une lésion du cerveau, des nerfs ou de la jonction neuromusculaire : AVC, traumatisme crânien, tumeur, sclérose en plaques, maladie de Parkinson, sclérose latérale amyotrophique, chorée de Huntington ou certaines infections.

Que faire si la parole devient difficile brutalement ?

Appeler immédiatement le 15 ou le 112, car cela peut être un AVC, et noter l’heure de début. Le bilan orthophonique vient après la prise en charge médicale.

Comment se passe la rééducation orthophonique ?

Après un bilan, l’orthophoniste propose des exercices respiratoires et musculaires et la répétition de mots ou de phrases, adaptés à la cause. Dans les formes graves, des aides à la communication peuvent compléter.

Peut-on retrouver une parole normale ?

Cela dépend de la cause et de son évolution. L’orthophonie aide certaines personnes à mieux se faire comprendre, mais aucune source consultée ne garantit un retour à la normale.

Sources

  1. Manuel MSD (version pour le grand public) · Dysarthrie, septembre 2025
  2. Sapmaz Atalar M et al. · Hypokinetic Dysarthria in Parkinson’s Disease: A Narrative Review. Med Bull Sisli Etfal Hosp, 2023 (revue, accès libre PMC)

Ce guide est une information générale et ne remplace pas un avis médical. Le diagnostic et le traitement dépendent de votre examen et de vos antécédents. En cas d’urgence, appelez le 112 ou les services d’urgence de votre pays.