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Aphasie : signes, causes, urgence et rééducation du langage

L’aphasie est une perte partielle ou complète de la capacité à s’exprimer ou à comprendre le langage, oral et écrit, due à une lésion des zones du cerveau qui contrôlent le langage. Quand elle apparaît brutalement, elle peut être le signe d’un AVC et impose d’appeler les secours. Ce guide s’appuie sur le Manuel MSD (version pour le grand public) et sur ameli.fr : signes, causes, diagnostic, rééducation orthophonique et conseils pour communiquer au quotidien.

Thème
Orthophonie
Mis à jour
Temps de lecture
8 minutes
Relu par
Dr Itziar Gotxi Erezuma · Médecin ORL · Ordre des médecins de Biscaye n° 484809757

Trouble soudain du langage : repérer l’urgence

Selon ameli.fr, un trouble de la parole d’apparition brutale (difficulté à parler ou à répéter une phrase, impossibilité de trouver les mots, de les comprendre, de les lire ou de les écrire) ou une difficulté à comprendre son interlocuteur fait partie des signes d’un accident vasculaire cérébral (AVC). En présence de l’un de ces signes, il faut appeler le 15 ou le 112.

Le moyen mnémotechnique VITE aide à réagir : Visage paralysé, Impossible de bouger un membre, Trouble de la parole, Éviter le pire en composant le 15. Si les symptômes disparaissent en quelques minutes, il peut s’agir d’un accident ischémique transitoire (AIT) : l’urgence est la même, car le risque d’un nouvel AVC dans les 24 heures est élevé. Il ne faut pas attendre un rendez-vous d’orthophonie ni « voir si ça passe ».

Aphasie acquise : quelles fonctions du langage sont touchées ?

Le Manuel MSD définit l’aphasie comme une perte partielle ou complète de la capacité à s’exprimer ou à comprendre le langage écrit et parlé, provoquée par une lésion des aires du cerveau qui contrôlent le langage. Chez les personnes droitières et environ deux tiers des gauchères, ces aires se situent surtout dans l’hémisphère gauche : une partie du lobe frontal (aire de Broca), une partie du lobe temporal (aire de Wernicke), une zone voisine du lobe pariétal et les connexions entre elles.

C’est un trouble acquis : il survient chez une personne qui parlait et comprenait jusque-là. Le Manuel MSD rappelle que l’aphasie est un trouble physique, sur lequel la personne a peu de contrôle.

Signes possibles à l’oral, à la lecture et à l’écrit

Les personnes atteintes peuvent avoir des difficultés à lire, écrire, parler, comprendre ou répéter. Selon le Manuel MSD, la nature et le degré des difficultés varient beaucoup, et l’écriture est en général touchée comme la parole. On peut observer, seuls ou associés :

  • un manque du mot : le mot juste ne vient pas, ou la personne l’a en tête sans pouvoir le dire, et le remplace par une périphrase (anomie, présente chez la plupart des personnes aphasiques) ;
  • une parole lente, qui demande beaucoup d’effort, alors que la compréhension est relativement conservée ;
  • une parole fluide mais difficile à comprendre, avec des difficultés à comprendre ce que disent les autres ;
  • une difficulté à répéter ce qu’on vient d’entendre ;
  • une difficulté à comprendre les mots écrits (alexie) ou à écrire.

Selon le Manuel MSD, certaines personnes peuvent ne pas se rendre compte que leurs propos sont difficiles à comprendre : la conscience du trouble varie d’une personne à l’autre.

Causes cérébrales soudaines ou progressives

Le Manuel MSD distingue deux situations :

  • une lésion qui ne progresse pas, la situation la plus fréquente : AVC, traumatisme crânien ou infection du cerveau (encéphalite). L’aphasie ne continue alors pas à s’aggraver ;
  • un trouble progressif : une tumeur cérébrale qui grossit, ou certains types de démence, peuvent provoquer une aphasie qui s’aggrave peu à peu.

C’est pourquoi un trouble du langage qui s’installe lentement mérite aussi une consultation médicale, sans attendre, même s’il ne relève pas des urgences comme une apparition brutale.

Formes d’aphasie : pas seulement deux cases

On décrit souvent deux grands types : l’aphasie de Wernicke, ou réceptive, où la compréhension est surtout touchée et la parole reste fluide mais peu compréhensible, et l’aphasie de Broca, ou expressive, où la personne comprend mais a beaucoup de mal à trouver ses mots et à s’exprimer. Le Manuel MSD décrit aussi l’aphasie anomique, l’aphasie de conduction (difficulté à répéter) et l’aphasie globale, où presque toutes les capacités de langage sont perdues.

Dans la réalité, ces formes se chevauchent : la plupart des personnes présentent plusieurs types à la fois, l’un étant souvent plus marqué. C’est pourquoi les médecins décrivent les difficultés précises de chaque personne plutôt que de se limiter à une étiquette.

Évaluation neurologique et bilan orthophonique

En général, le médecin identifie une aphasie en parlant avec la personne et en lui posant quelques questions : il évalue la fluidité de la parole, la recherche des mots, la capacité à nommer des objets, à répéter des phrases, à comprendre et exécuter une consigne, à lire et à écrire. Il vérifie aussi que les difficultés ne viennent pas d’un problème d’audition ou de vision.

Des tests standardisés, réalisés par un neuropsychologue ou un orthophoniste, précisent les difficultés, aident à planifier la rééducation et à estimer les chances de récupération. Une imagerie cérébrale (scanner ou IRM) recherche le type de lésion en cause, et d’autres examens peuvent être demandés selon la cause suspectée. Si la personne parle habituellement plusieurs langues, il est utile de le signaler pour que le bilan en tienne compte.

Aphasie, dysarthrie et troubles du développement

Le Manuel MSD distingue l’aphasie de la dysarthrie : la dysarthrie est un problème d’élocution lié à l’atteinte des nerfs et des muscles qui permettent de prononcer les sons et les mots ; l’aphasie est un trouble du langage, qui touche la compréhension, la formulation et la recherche du mot juste. Les deux peuvent coexister.

L’aphasie se distingue aussi des difficultés de langage qui apparaissent pendant le développement de l’enfant, comme la dysphasie (trouble développemental du langage). Un oubli de mot isolé ne permet pas, à lui seul, de conclure à une aphasie : seul un bilan médical permet de faire la différence.

Rééducation et aides de communication

Le traitement associe celui de la cause et la rééducation. Le Manuel MSD indique que le traitement de certaines causes peut améliorer le langage, alors qu’une aphasie due à un AVC peut diminuer plus lentement ou seulement en partie.

Les orthophonistes peuvent aider les personnes dont l’aphasie vient d’une cause qui ne progresse pas, comme un AVC. Les séances commencent dès que la personne est capable d’y participer ; plus la rééducation commence tôt, plus elle est efficace, mais elle reste utile même lorsqu’elle commence tard. Lorsque le langage ne revient pas suffisamment, des outils peuvent aider à communiquer : carnet ou tableau d’images et de symboles, ou appareil avec clavier et affichage de messages.

Après le bilan médical et la stabilisation, l’équipe d’orthophonie pour adultes de notre centre de Bilbao peut prendre en charge la rééducation de l’aphasie (les consultations se déroulent en espagnol). Nous ne prenons pas en charge l’urgence neurologique.

Récupération, langues et ce que les sources nuancent

  • Délais de récupération : le Manuel MSD indique que la plupart des personnes de plus de 8 ans récupèrent surtout dans les 3 premiers mois, avec des progrès possibles jusqu’à un an après. Ce sont des repères généraux, pas une limite : la rééducation reste utile même commencée tard, selon la même source.
  • Facteurs de récupération : la cause, la taille et la localisation de la lésion, l’importance du trouble et la réponse au traitement comptent davantage que l’âge, l’éducation ou l’état de santé général.
  • Enfants : les enfants de moins de 8 ans récupèrent souvent le langage, même après une lésion sévère, mais leur suivi relève d’équipes pédiatriques.
  • Délai d’urgence : ameli.fr indique qu’un AVC doit être pris en charge moins de trois heures après les premiers symptômes. Ce n’est pas un délai d’attente acceptable : il faut appeler le 15 ou le 112 tout de suite.
  • Plusieurs langues : les sources consultées ne détaillent pas comment l’aphasie touche chaque langue d’une personne bilingue ; c’est une question à poser à l’équipe qui réalise le bilan.

En résumé : faciliter les échanges au quotidien

L’aphasie est un trouble acquis du langage dû à une lésion du cerveau, le plus souvent un AVC. Une apparition brutale, même transitoire, impose d’appeler le 15 ou le 112. Le diagnostic repose sur l’échange avec le médecin, des tests et une imagerie. L’orthophonie aide de nombreuses personnes, d’autant plus qu’elle commence tôt, et des aides de communication peuvent la compléter.

Au quotidien, les proches peuvent utiliser les outils de communication proposés par l’orthophoniste (carnet, tableau d’images ou de symboles, appareil avec affichage de messages) et demander à l’équipe quelles façons d’échanger conviennent le mieux à la personne. Le Manuel MSD rappelle que la frustration des proches est compréhensible, mais que la personne a peu de contrôle sur son trouble : la patience fait partie de la rééducation.

Questions fréquentes sur l’aphasie

Ces réponses sont des informations générales et ne remplacent ni un examen ni un avis médical personnalisé.

Quels sont les signes possibles d’une aphasie ?

Des difficultés à trouver les mots, à parler, à comprendre ce que disent les autres, à répéter, à lire ou à écrire. Les difficultés varient beaucoup d’une personne à l’autre et plusieurs peuvent être associées.

Quelles en sont les causes ?

Le plus souvent un AVC, un traumatisme crânien ou une infection du cerveau. Plus rarement, une maladie qui progresse, comme une tumeur cérébrale ou certaines démences, provoque une aphasie qui s’aggrave peu à peu.

Un trouble soudain du langage est-il urgent ?

Oui. Il peut s’agir d’un AVC ou d’un AIT : appelez immédiatement le 15 ou le 112, même si les signes disparaissent en quelques minutes, et notez l’heure de début.

Existe-t-il seulement deux types d’aphasie ?

Non. On oppose souvent aphasie de Broca et aphasie de Wernicke, mais il existe d’autres formes (anomique, de conduction, globale) et la plupart des personnes en présentent plusieurs à la fois.

La rééducation peut-elle aider ?

Oui, l’orthophonie aide de nombreuses personnes atteintes d’aphasie. Elle est plus efficace quand elle commence tôt, mais reste utile même commencée tardivement. Le degré de récupération varie selon la lésion.

Peut-on être touché différemment selon les langues ?

Les sources consultées ne détaillent pas ce point. Si la personne parle plusieurs langues, il est utile de le signaler au médecin et à l’orthophoniste pour que le bilan et la rééducation en tiennent compte.

Sources

  1. Manuel MSD (version pour le grand public) · Aphasie, nov. 2025
  2. ameli.fr (Assurance Maladie) · AVC : que faire ?, 18/06/2026

Ce guide est une information générale et ne remplace pas un avis médical. Le diagnostic et le traitement dépendent de votre examen et de vos antécédents. En cas d’urgence, appelez le 112 ou les services d’urgence de votre pays.