Qu’est-ce que la trichotillomanie ?
Les Manuels MSD décrivent la trichotillomanie comme un trouble dans lequel la personne s’arrache les cheveux ou les poils de façon répétée, ce qui entraîne une perte de cheveux ou de poils. Les zones les plus touchées sont le cuir chevelu, les sourcils et les cils, mais d’autres poils du corps peuvent l’être aussi.
L’arrachage n’a pas de but esthétique : la personne ne cherche pas à améliorer son apparence. Le trouble apparaît en général juste avant ou juste après la puberté et touche environ 1 à 2 % de la population ; chez l’adulte, il est plus fréquent chez les femmes, mais il concerne aussi les hommes. Les symptômes varient en intensité et peuvent durer toute la vie.
Les Manuels MSD le classent parmi les troubles apparentés au trouble obsessionnel-compulsif (TOC). Apparenté ne veut pas dire identique : la trichotillomanie a ses propres caractéristiques et une prise en charge spécifique.
Gestes automatiques ou conscients
Selon les Manuels MSD, certaines personnes s’arrachent les cheveux de façon presque automatique, sans y penser, par exemple en lisant ou devant un écran. D’autres le font de façon plus consciente. Les deux formes peuvent coexister chez une même personne.
L’arrachage s’accompagne parfois de rituels : chercher un type de cheveu particulier, le rouler entre les doigts, le passer entre les dents ou le mordre. Certaines personnes arrachent aussi des poils d’autres personnes ou d’animaux, ou tirent des fils de vêtements ou de couvertures. Avec le temps, la zone d’arrachage peut changer.
Beaucoup présentent d’autres comportements répétitifs centrés sur le corps : se triturer la peau, se ronger les ongles, se mordre l’intérieur des joues.
Tension, soulagement et émotions
Les Manuels MSD expliquent que la personne peut se sentir nerveuse ou anxieuse juste avant de s’arracher les cheveux, et que le geste peut soulager ce sentiment. Une impression de satisfaction peut suivre. Ce soulagement ponctuel aide à comprendre pourquoi le comportement se répète, même quand on souhaite l’arrêter.
La revue de 2018 rapporte que la trichotillomanie s’accompagne souvent d’autres difficultés, comme la dépression ou les troubles anxieux. Dans une étude citée portant sur 530 adultes, environ 1 personne sur 10 avait aussi une dépression caractérisée, près de 2 sur 10 un trouble anxieux, et 1 sur 10 les deux ; ces personnes avaient en moyenne des symptômes plus sévères. Les sources consultées ne désignent pas de cause unique au trouble.
Conséquences sur les cheveux, la peau et la digestion
La quantité et la localisation des cheveux arrachés varient beaucoup. Selon les Manuels MSD, certaines personnes ont des zones sans cheveux, des cils ou des sourcils entièrement arrachés ; d’autres ont seulement les cheveux un peu dégarnis. Les plaques sont souvent irrégulières, avec des cheveux de longueurs différentes.
Beaucoup de personnes avalent leurs cheveux. Les cheveux avalés peuvent former une boule dans l’estomac ou l’intestin, appelée trichobézoard, qui peut provoquer une satiété précoce, des nausées, des vomissements, des douleurs et d’autres symptômes digestifs. La revue de 2018 précise que la forme la plus étendue de ces boules est rare, mais qu’elle peut entraîner une occlusion intestinale nécessitant une prise en charge médicale. Des symptômes digestifs chez une personne qui avale ses cheveux justifient donc un avis médical.
Les sources consultées ne détaillent pas la repousse des cheveux ; seul le médecin peut évaluer l’état du cuir chevelu au cas par cas.
Retentissement et honte
Les Manuels MSD décrivent un vécu souvent difficile : gêne ou honte de son apparence ou de ne pas réussir à se contrôler, efforts pour cacher la perte de cheveux (perruque, foulard, arrachage dispersé), évitement des situations où les autres pourraient voir. En général, l’arrachage ne se fait pas devant d’autres personnes, sauf en famille.
Beaucoup de personnes ont essayé à de nombreuses reprises d’arrêter ou de limiter le comportement, sans y parvenir, et se sentent très angoissées par cette perte de contrôle. Ce n’est pas un manque de volonté : c’est précisément l’un des critères du trouble. Si on leur pose la question, la plupart reconnaissent que la perte de cheveux est due à l’arrachage. En parler sans jugement est souvent un premier pas.
Comment se pose le diagnostic
Selon les Manuels MSD, le diagnostic repose sur un entretien et un examen clinique. Le médecin retient la trichotillomanie lorsque :
- l’arrachage est suffisant pour entraîner une perte de cheveux ou de poils (même si elle est cachée) ;
- la personne a essayé à plusieurs reprises d’arrêter ou de limiter ce comportement ;
- le comportement provoque une détresse importante ou gêne la vie quotidienne ;
- l’arrachage n’est pas mieux expliqué par une autre maladie ou un autre trouble, comme la dysmorphophobie (préoccupation excessive pour un défaut d’apparence).
La revue de 2018 rappelle qu’une perte de cheveux a de nombreuses causes possibles (pelade, infections, troubles hormonaux, alimentation, médicaments…). Un examen du cuir chevelu au dermatoscope, la trichoscopie, peut aider le dermatologue à distinguer la trichotillomanie d’autres causes. Les auteurs insistent sur la collaboration entre dermatologues et psychiatres pour raccourcir le délai du diagnostic. Aucun test en ligne ne permet de poser ce diagnostic.
Thérapie comportementale : le renversement des habitudes
Les Manuels MSD présentent la thérapie cognitivo-comportementale centrée sur la trichotillomanie comme le traitement initial privilégié. L’outil le plus utilisé est la technique de renversement des habitudes, dans laquelle la personne apprend avec le thérapeute à :
- devenir plus consciente de ses gestes ;
- repérer les situations qui déclenchent l’arrachage ;
- utiliser des stratégies pour s’arrêter, notamment remplacer l’arrachage par un autre geste, choisi avec le professionnel.
La revue de 2018 conclut que la thérapie cognitivo-comportementale est le traitement le plus étudié et semble plus efficace que les médicaments. Dans un essai cité, 76 % des personnes ayant suivi huit séances de renversement des habitudes ont répondu au traitement, contre 21 % avec la prise en charge habituelle. Les auteurs soulignent toutefois que la plupart des études portent sur de petits groupes et sur des durées courtes, et que des rechutes ont été observées. Il n’existe donc ni durée ni résultat garantis.
Pour les adultes, l’équipe de psychologie de notre centre de Bilbao peut accompagner une démarche de thérapie cognitivo-comportementale (les consultations se déroulent en espagnol).
Médicaments : ce que disent les études
Selon les Manuels MSD, le médecin prescrit parfois des médicaments pour aider à contrôler les symptômes : certaines substances agissant sur le glutamate, et certains antidépresseurs agissant sur la sérotonine, en particulier en cas de dépression ou d’anxiété associée.
La revue de 2018 montre que les résultats des études sont contrastés : dans plusieurs essais, des antidépresseurs n’ont pas fait mieux qu’un placebo ; d’autres molécules ont donné des résultats encourageants mais sur de très petits groupes ; et une thérapie comportementale a obtenu de meilleurs résultats qu’un antidépresseur dans un essai comparatif. Les auteurs concluent que, dans la plupart des études, les médicaments n’ont pas été plus efficaces que le placebo.
Un traitement médicamenteux ne se décide qu’avec un médecin. Certaines de ces substances sont aussi vendues comme compléments : ne les prenez pas de vous-même.
Aider un proche sans le culpabiliser
- Pas de reproche ni de surveillance : la personne a déjà essayé d’arrêter ; les remarques sur son apparence ou les interdictions renforcent souvent la honte.
- Pas de contrainte : les gestes alternatifs se choisissent avec un professionnel ; il ne s’agit pas d’immobiliser les mains ou de punir.
- Pas d’exposition forcée : personne n’a à montrer les zones touchées pour prouver quoi que ce soit.
- Perruques et foulards : ils peuvent aider à se sentir mieux en public, mais ne traitent pas le trouble.
- Enfants et adolescents : la revue indique que chez le jeune enfant l’arrachage disparaît souvent à l’âge scolaire ; chez l’enfant ou l’adolescent, on en parle au pédiatre ou au médecin traitant.
- Encourager la consultation : proposer d’en parler à un médecin ou à un psychologue, sans pression.
Un carnet bienveillant pour préparer la consultation
Puisque la thérapie commence par repérer les situations déclenchantes, quelques notes sur une ou deux semaines peuvent aider à préparer le premier rendez-vous. Ce carnet n’est ni une épreuve ni une preuve : on note ce que l’on veut, sans se juger, et l’on ne conserve pas les cheveux arrachés.
| À noter | Exemple |
|---|---|
| Moment et lieu | Le soir, au lit, en lisant |
| Geste plutôt automatique ou conscient | Automatique, remarqué après coup |
| Ce que je ressentais avant | Fatigue, tension, ennui |
| Ce que je ressentais après | Soulagement, puis gêne |
| Ce dont j’aurais besoin | Comprendre, être aidé sans jugement |
| L’aide que je souhaite | Thérapie, avis médical, parler à un proche |
Le professionnel s’en servira comme point de départ. Si remplir le carnet augmente l’angoisse, il suffit d’arrêter : on peut tout aussi bien raconter les choses de vive voix.
Questions fréquentes sur la trichotillomanie
Ces réponses sont des informations générales et ne remplacent ni un examen ni un avis médical personnalisé.
Qu’est-ce que la trichotillomanie ?
Un trouble dans lequel on s’arrache les cheveux ou les poils de façon répétée, au point d’en perdre, malgré des tentatives répétées d’arrêter. Il touche environ 1 à 2 % de la population.
Pourquoi s’arrache-t-on les cheveux ?
Une tension ou une anxiété peut précéder le geste, qui la soulage sur le moment. Le geste est parfois automatique. Les sources consultées ne désignent pas de cause unique.
La trichotillomanie est-elle un TOC ?
Elle fait partie des troubles apparentés au TOC, mais ce n’est pas un TOC. Elle a ses propres caractéristiques et un traitement spécifique.
Comment arrêter de s’arracher les cheveux ?
Le traitement privilégié est une thérapie cognitivo-comportementale centrée sur le trouble, avec la technique de renversement des habitudes, menée avec un professionnel.
Les cheveux repoussent-ils ?
Les sources consultées ne détaillent pas la repousse. L’état du cuir chevelu s’évalue au cas par cas avec le médecin ou le dermatologue.
Quand consulter ?
Dès que l’arrachage entraîne une perte visible, de la détresse ou de l’évitement, ou si vous avalez vos cheveux et avez des troubles digestifs.
Sources
- Manuel MSD (version pour le grand public) · Trichotillomanie (arrachage des cheveux), janvier 2026
- Cisoń H et al. · Trichotillomania and Trichophagia: Modern Diagnostic and Therapeutic Methods. Dermatol Ther, 2018 (revue, accès libre PMC)
Ce guide est une information générale et ne remplace pas un avis médical. Le diagnostic et le traitement dépendent de votre examen et de vos antécédents. En cas d’urgence, appelez le 112 ou les services d’urgence de votre pays.
